André Blavier : Les fous littéraires (V)

Publié le par I.I.R.E.F.L.

 

 

Henri-Floris JESPERS

Première parution de ce texte en mai 2009 dans le blog « Ça ira »

 

Revenons aux savants qui, bien sûr, ne pouvaient manquer à l’appel, parmi lesquels les inventeurs de nouvelles nomenclatures ne sont que les plus modestes. Rien que les titres des ouvrages recensés dans le Blavier me laissent rêveur sinon pantois, mais saisir ou même deviner la portée éventuelle de leurs apports à l’étude du magnétisme terrestre, de l’aimantation universelle ou de la périodicité des déluges, dépasse largement les limites de mon imagination critique. Signalons aux amateurs, et à toutes fins utiles, l’Anémogène, ou appareil reproducteur des courants atmosphériques (1827) de Mgr Rougerie, évêque de Pamiers, “inventeur, de fait, du processus de la simulation, appliquée à la prévision du temps” dixit Blavier…

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Retenons deux documents poignants. Dans ses Reliquae. Œuvres posthumes (1851) le Dr Charles Le Fèvre, qui se suicida, victime d’une inflexible mélancolie hypocondriaque, note avec une implacable logique : “La vie est incontestablement un mal ; or, quoi de plus charitable que de la supprimer.”

François Fleuret, déjà cité dans ce feuilleton, avait mis au point le traitement dit “moral”, et s’indignait lorsqu’il s'avérait sans effet. C'est ainsi qu'il note à propos d’un malade :

“Chaque jour, pendant deux mois, on lui a donné des douches, sans qu’il ait voulu céder sur aucun point. Tandis qu’il était au bain, on a appliqué devant lui le cautère actuel à plusieurs malades, et on l’a prévenu que, s’il ne changeait pas, on lui en ferait autant. Il n’a pas cédé à la peur du cautère. On lui a appliqué une fois au sommet de la tête, et deux fois à la nuque, un fer rougi au feu : il a souffert ces brûlures, sans renoncer à une seule de ces idées. Jamais le médecin qui le traitait n’a pu lui faire dire : 'Je suis Dupré, je ne suis pas Napoléon'.”

Le Blavier consacre d’ailleurs un chapitre à la condition asilaire.

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La rubrique inventeurs et bricoleurs vous initiera, entre autres, aux mystères ou aux charmes de la théologie des chemins de fer, de la stéréoplastie, de l’harmonimètre H.P., du domitor, du ballon à bec, de l’orthoptère à caisson, des politicums (qui, comme le nom l’indique, sont des maisons de fous) et vous y ferez la connaissance de Georges-André Berthelot, inventeur, entre 1919 et 1936, d’un demi millier d’inventions brevetables et de “la solution du problème de la circulation urbaine, mondiale, rurale et routière, sans passerelles ni souterrains ni sens unique”. Il déclarait en toute modestie : “J’ai suffisamment de mérite pour obtenir : 1° la rosette, 2° le Prix Nobel de Physique, 3° le Panthéon, 4° ma statue, ou 500 milliards.”

Les inventeurs ou solutionneurs du mouvement perpétuel sont bien entendu légion. Par moments, le Blavier rappelle ce Catalogue d’objets introuvables de Carelman (Paris, Balland, 1969), fort apprécié par les véritables connaisseurs….

Les candidats aux élections, excentriques du suffrage universel, forment un cortège bigarré, tout comme le contingent de philanthropes, réformateurs sociaux, sociologues et autres casse-pieds.

Parmi la foule des romanciers et poètes, vous croiserez au passage Hyacinthe Dans,”le libraire libidineux, le maître-chanteur liégeois de Nanesse, dont Georges Simenon a fait l’un des héros de Les Trois Crimes de mes amis. En 1933, réfugié à Boullay pour échapper à une condamnation pour infraction en matière de presse, il tue sa mère et […] sa maîtresse […]. Son double crime accompli, il rentre aussitôt en Belgique, pour échapper à l’extradition et à la guillotine et, sur les conseils d’un avocat pour le moins léger…, il va commettre son troisième crime, abattant d’une balle de 6,35 un de ses anciens professeurs jésuites. La folie qu’il va simuler (?) au cours de son procès ne lui épargnera pas la prison à vie. Il devient, sous le nom de Gringoire, rédacteur en chef du Journal des prisons belges, auquel il collabore d’autre part sous le pseudonyme de Tristan Chevreuse, par de nombreux poèmes élégiaques.” Friands des nobles accents de Chevreuse, Magritte et ses amis s’amusaient à déclamer ses vers.

 

Henri-Floris JESPERS

 

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