Éditorial du N°04 des Cahiers de l'Institut

Publié le par I.I.R.E.F.L.

Éditorial. Paranoïa-critique et paranoïa tout court : spéculations et hypothèses toutes scientifiques et dans l’air du temps



« On sait que, depuis quelque temps, les dentistes 
américains ont pris l’habitude de faire sauter les dents 
mauvaises au moyen d’une toute petite cartouche de 
dynamite. Plusieurs personnes nous ont demandé si 
l’explosion ainsi provoquée ne présentait pas quelque 
danger. Nous sommes heureux de les rassurer 
immédiatement. L’explosion de la cartouche est 
absolument inoffensive, à condition toutefois que l’on ait 
la précaution de s’éloigner à quelque distance au moment 
où elle se produit. »
Gaston de Pawlowski, Inventions nouvelles. Dernières 
nouveautés, Bordeaux, finitude, 2009, Préface et choix 
d’Eric Walbecq, p. 63.


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Georges Parmentier
est ubuphile (les Panmuphles lui étaient connus), éditeur, tamponneur, poète pamphlétaire, candidat et probablement poujadiste (nul n’est parfait). André Blavier (toujours lui !) l’avait nécessairement repéré ; il n’avait cependant pas vu, semble-t-il, le fort dossier que le Parmentier en question avait généreusement déposé à la Bibliothèque nationale. On est donc allé y voir, au site Tolbiac ; on a même dû y retourner, parce que, pour consulter, il fallait demander une autorisation spéciale. « Les documents sont à la Réserve, ils sont uniques et certains sont aussi fragiles qu’un livre d’artiste. Vous n’aurez droit qu’à une seule consultation. La loi sur les archives empêche leur reproduction jusque vers l’an 2050. » Formidable ! Il faudra tenter de suggérer l’exceptionnalité de ce dossier ! Par exemple ? Georges Parmentier a dans son livre encollé les cartes de visite originales (à tous les sens du terme) qu’il s’est fait imprimer durant sa vie, inventant au genre autobiographique un nouveau support contraignant : le texte s’y doit d’être resserré et essentiel. Quoi de plus efficace dès lors que de renvoyer accessoirement à la cote béhennef ? Vous en saurez alors davantage sur Georges Parmentier.

Les brouettes reviennent à la charge. Francis Mizio, le chantre du marquis de Camarasa, pousse délibérément à la spéculation, voire à la révélation. Avant de réclamer au Musée du Louvre de radiographier L’Angélus de Millet, Salvador Dalí avait-il oui ou non lu Les Causeries brouettiques ? (Aucun exégète dalinien n’a jamais jusque-là, même par paranoïa-critique, émis pareil avis.) Les relations qu’entretient tout chercheur à son objet méritent réflexion. Laurent Soulayrol revient finalement sur les inspirations qui ont guidé plus le médecin que sa patiente, Hersilie Rouy.

Dès le premier numéro, Tanka G. Tremblay avait éprouvé la nécessité de se lancer dans l’historiographie. Il ne s’agit pas ici que de promouvoir des auteurs qui ont couché par écrit des choses qui ne tiennent pas debout. Il s’était donc attaqué à Nodier qui nomma « fous littéraires » les fous littéraires ; dans le n° 2, Pierre Mortez avait osé panoramiquer de la fin du XVIIIe siècle au tout début du XXe siècle ; Tanka G. Tremblay focalise aujourd’hui sur l’une des figures majeures de la bibliographie du genre : Joseph Octave Delepierre (1802-1879). À sa suite, Élise Zoquerluche, s’intéresse à un « collectionneur de livres fous ». S’il précède dans cette collectionnite le personnage de Chambernac, pauvriseur de son état, et si, comme lui, il mène sa vie apparente dans une œuvre romanesque, le protagoniste, monsieur Verdier, est dans Le Missel d’amour d’Albéric Cahuet, un assassin. Quand la « dégénérescence héréditaire » vous tient, c’est jusque dans le choix de vos lectures… Le livre ne manqua pas d’intéresser le grand Paul Bourget, qui préfaça.

L’un des auteurs du Dictionnaire des langues imaginaires (ce livre a été promptement épuisé suite à un incendie dévastateur qui a détruit les stocks), Paolo Albani, importe dans nos colonnes quelques auteurs italiens, inventeurs de langues toujours plus parfaites que les langues naturelles. Vole à mon secours, ô logique !

Olivier Justafré ne se demande pas si la terre tourne autour du soleil. Il sait. Par contre, il s’interroge globalement sur les raisons et déraisons des théoricien(ne)s qui, en France, ont eu en vue de réfuter durant les XIXe et XXe siècles le système héliocentrique. Parmi ceux ou celles à qui la solution copernicienne a fait tourner la tête, M*** s’est attaqué à celle qui se fait appeler Madame Veuve Pierrel et qui a eu cette gloire d’être un instant évoquée par Alfred Jarry. Émile Millelettre continue d’agrafer ses Notes au livre de Marcel Réja. Peut-être établira-t-il un jour l’édition critique de l’Art chez les fous, qui sait ? Eulalie-Hortense Jousselin, son livre Les planètes rocheuses, et son fils peintre suicidaire attirent les aliénistes. Que penser de l’interaction entre ces deux cas de délire, mère et fils ?

L’actualité est chargée et propre à des rebondissements. On se reportera aux pages jaunes, qui sont jaunes parce que c’est l’automne.

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