Jean-Pierre Brisset _ Quelques bonnes feuilles sélectionnées par André Breton

Publié le par I.I.R.E.F.L.

 

 

 

Jean-Pierre BRISSET

LA SCIENCE DE DIEU

ou la Création de l'Homme

Paris. Chamuel Éditeur

1900


 

 

LA GRANDE LOI OU LA CLEF DE LA PAROLE

 

 

Il existe dans la parole de nombreuses Lois, inconnues jusqu'aujourd'hui, dont la plus importante est qu'un son ou une suite de sons identiques, intelligibles et clairs, peuvent exprimer des choses différentes, par une modification dans la manière d'écrire ou de comprendre ces noms ou ces mots. Toutes les idées énoncées avec des sons semblables ont une même origine et se rapportent toutes, dans leur principe, à un même objet. Soit les sons suivants :

_Grenouille-appareil-dentaire---copie.jpg

 

Les dents, la bouche.

Les dents la bouchent,

l'aidant la bouche.

L'aide en la bouche.

Laides en la bouche.

Laid dans la bouche.

Lait dans la bouche.

L'est dam le à bouche.

Les dents-là bouche.

 

Si je dis : les dents, la bouche, cela n'éveille que des idées bien familières : les dents sont dans la bouche. C'est là comprendre le dehors du livre de vie caché dans la parole et scellé de sept sceaux. Nous allons lire dans ce livre, aujourd'hui ouvert, ce qui était caché sous ces mots : les dents, la bouche.

Les dents bouchent l'entrée de la bouche et la bouche aide et contribue à cette fermeture : Les dents la bouchent, l'aidant la bouche.

Les dents sont l'aide, le soutien en la bouche et elles sont aussi trop souvent laides en la bouche et c'est aussi laid. D'autres fois, c'est un lait : elles sont blanches comme du lait dans la bouche.

L'est dam le à bouche se doit comprendre : il est un dam, mal ou dommage, ici à la bouche ; ou tout simplement : J'ai mal aux dents. On voit en même temps que le premier dam a une dent pour origine. Les dents-là bouche vaut : bouche ou cache ces dents-là, ferme la bouche.

Tout ce qui est ainsi écrit dam la parole et s'y lit clairement est vrai d'une vérité inéluctable ; c'est vrai sur toute la terre. Ce qui est dit dans une seule langue est dit pour toute la terre': sur toute la terre, les dents sont l'aide et laides en la bouche, bien que les autres langues ne le disent pas comme la langue française, mais disent des choses bien autrement importantes sur lesquelles notre langue se tait. Les langues ne se sont point concertées ensemble ; l'Esprit de l'Eternel, créateur de toutes les choses, a seul disposé son livre de vie. Comment a-t-il pu cacher ainsi à tous les hommes, sur toute la terre, une science aussi simple ?

C'est là la clef qui ouvre les livres de la parole.

 

 

LA FORMATION DU SEXE

 

      _Marc---Marc-01---copie.jpg

Remarquons d'abord qu'on peut changer la place des mots d'une phrase sans que l'idée exprimée en soit modifiée : La porte est ouverte et porte est ouverte là, disent toujours : ouverte est la porte. Il en fut de même dans le principe : à le valait: le à = là et ale valut aussi : .

Ceci étant admis, nous lisons : ai que ce ? ayant valu : ce qu'ai ? ou : qu'ai ce ? = qu'ai-je ? Cela se disait sur ce quai où se tenait l'ancêtre. Les questions : ai que ce ? est que ce ? disaient : ai ou est quoi ici ? et créèrent le mot exe, le premier nom du sexe. Les uns prononçaient : éqce ; d'autres : èqce, suivant la phrase créatrice : ai que ce ? est que ce ? D'où sexe se prononcera, suivant le cas : séqce, sèqce. Ec, éque ou ek, formé de : ai que ? est même un premier nom du sexe : éque-ce valait ce éque, ec ou ek et devint exe.

On questionna ensuite : ce exe, sais que ce ? = ce point, sais-tu quoi c'est ~ ce qui devint : sexe. - Sais que c'est ? ce exe est, sexe est, ce excès. Ce excès, c'est le sexe. - On voit que le sexe fut le premier excès. On n'a aucun excès à craindre de ceux qui n'ont pas de sexe. Dans : ce exe est, on peut analyser : ce ou ceci est un exe et : exe est ce ou ceci. Par suite on voit que ce montra et désigna d'abord le sexe. Aussi : ce ekce = ce sexe-ci : sexe. Eh, è, é, est aussi un premier nom du sexe: Ce é que c'est ? Sexe est.

Je ne sais que c'est Jeune sexe est. La première chose que remarqua l'ancêtre et qu'il ne connaissait pas, c'était un sexe jeune, en formation. Dans ce cas, les plus clairvoyants sont encore quelquefois forcés de dire :

Je ne sais que c'est. Jeune sexe est, vaut : sexe est jeune, et : jeune est sexe. Le mot jeune peut être considéré comme un nom. Il en résulte que jeune désigne et désigna ceux qui prenaient le sexe. Les jeunes sont les enfants dont le sexe n'a pas encore atteint toute sa puissance, car il se développe toujours très lentement.

Tu sais que c'est bien. Tu sexe est bien. Le mot tu, ainsi que jeune, désigna aussi le sexe. C'est un terme enfantin : cache ton tu, ton tutu. Tu tu = ton sexe. Tu relues tu tu = tu reluques ton sexe. Turlututu, répétait avec dépit celui qui était l'objet de cette remarque blessante.

Y ce ai que c'est ? Il sait que c'est. Y sais que c'est. Y sexe est. y désigna d'abord le sexe, puis valut je et enfin il. Y le sexe est. Il sait que c'est.

On sait que c'est. On sexe est. Le pronom on désigna le sexe et avait la valeur de en, en ce lieu, en ce l'yeu, en cet œil-là. Le sexe se présenta sous forme d'yeu ou d'œil. Ce fut une légère ouverture. Le pronom on est indéfini et tous les mots qu'il peut remplacer se sont d'abord référés au sexe, l'origine de toute parole vivante : Pierre, Jean, Julie, etc. sait que c'est bien et sexe est bien. Tout ce qui peut savoir quelque chose est de rigueur un sexe dans son origine, un membre de la famille humaine ou divine.

Je sais que c'est bien. Je ou jeu sexe est bien. Le premier jeu était le sexe. De là vient la passion du jeu. Le prudent cachait son jeu. Le pronom je désigne ainsi le sexe et quand je parle, c'est un sexe, un membre viril de l'Eternel-Dieu qui agit par sa volonté ou sa permission. C'est en parlant de son sexe que l'ancêtre s'aperçut qu'il parlait de son propre individu, de lui-même.

A = ai. Que ce a ? = qu'ai-je ? Que ça ou çà = Quoi cela? Que exe est que ce a ? = Quel sexe est que j'ai ? Que excès que cà ! Qu'est-ce ? que sexe a. Qu'ai ? que sexe a ? Kékséksa ? Que aie ce que c'est que ce a = Ici vois ou prends ce que c'est que j'ai. L'inconnu de la chose faisait changer l'ordre en une question : Qu'est-ce que c'est que ça ? Ces seules analyses suffiraient pour démontrer, avec la Loi infaillible qui nous guide dans notre travail, que notre question la plus familière est née chez des êtres prenant le sexe et ne connaissant rien de cette exe-croissance, de cette exe-tension. Aujourd'hui on peut tout au plus être embarrassé pour le genre.

Je me exe à mine ai. Tu te exe à mine as. y ce exe à mine a. y sexe à mine a. y le sexe a mine à. C'est le sexe à la mine ou à la main que l'ancêtre s'examinait, sexe à mine ai. Mine a valu main. La main faisait mine et minait le terrain. Che mine, chemine ; che main, chemin, disaient également : ici la main. Donc le créateur de : Je m'examinai, etc. disait : J'ai mon sexe à la main, etc. C'est en examinant son sexe que l'ancêtre faisait son examen, son exe à main, son nexe à main.

L'examen du sexe est le premier que l'on subit en venant au monde.

Dans examiner, examen, etc. exe se prononce : égze. Ce changement nous montre que : gue = que, ze = ce. L'inversion de égze donne ze gu'ai = ce qu'ai. Gu'ai = j'ai et a formé : gai, gué, guet. Le sexe rendait gai ; l'ancêtre aquatique appelait alors sur le gué où l'on faisait le guet. C'est sur le gué que combattaient les chevaliers du guet. Chaque famille d'ancêtres défendait son gué et son marécage. - Puisque ze = ce, pour bien comprendre les mots où se trouve le son ze, on doit lui rendre son antique valeur ce. Il est toujours à zézayer valait : à s'essayer. Qui s'essayait zézayait. A sesse eille ai, à zèze eille ai = au sexe vois ce que j'ai. Sesse et zéze ont donc désigné le sexe. Italien : il sesse ho = j'ai le sexe ; il sesso = le sexe. Ce esse : ce exe : : sesse : sexe.

Ce montrait le sexe : ce ai, ai ce, esse. On a vu que on valut en, en ce lieu. On ce ai c'est = c'est en ce que j'ai. On ce esse est, on ce esse aie. On sesse est, on sesse aie. On sait c'est. On ce essaie, on s'essaie. On ce essaie montre clairement ce présentant le sexe et s'unifiant avec celui qui parle dans : on s'essaie. Même remarque dans : L'on ce exe à mine a, l'on s'examina. Le pronom allemand Sich = soi et est formé de : ce ich = ce moi et montre le sexe ainsi que soi. Ce ois = vois ceci, le ce ou sexe. Soi vaut donc sexe. Or, le premier ancêtre ne parlait pas d'autre chose. C'est encore le fond de la conversation des démons.

Ainsi les pronoms réfléchis tirent leur origine de la réflexion de l'ancêtre sur sa propre nudité. Tout ce qui aujourd'hui est langage figuré fut d'abord appliqué à des actes matériels. Il fallait que le mot fût formé avant que l'esprit l'emportât dans les régions de la pure pensée.

Qu'ist ce exe que l'eus ? Qu'ist sexe que l'eus ou l'ai ? Dans les premiers temps, les temps passés du verbe étaient des temps présents. Je l'eus valait : je l'ai, et a formé le passé défini du verbe lire : Je lus ; tu l'eus, tu lus ; il l'eut, il lut ; nous l'eûmes, nous lûmes; vous l'eûtes, vous lûtes; ils lurent. Les premiers qui l'eurent furent les lurons et la première chose qu'ils lurent fut le sexe. Le sexe est aussi la première lyre, il produisait l'ire et rendait irascible. C'est là qu'il fallut d'abord lire, dans le délire. Le sexe fut donc la première cause d'attraction et de répulsion. La question : Qu'ist sexe que l'eus ? fit que les ancêtres se repoussèrent et on disait :  Les voilà qui s'excluent. Y sais que, ce que l'eus, est = je sais que ce que j'ai c'est. Y sexe que l'eus est = C'est là le sexe que j'ai. Les sexes semblables ne se convenaient point, ils s'excluaient...

 

 

LE CŒUR

1123060_084a_625x1000.jpg

 

Que heure ! Que heurt ! Leurre-leur l'heure. L'heure, en donnant le heurt, donne l'heure. C'est avec l'heure qu'on leurrait. Qui avait l'heure était heureux, heure eux. Tant que l'heure n'était pas venue, on manquait de cœur. Le cœur est aussi : Le qu'eust re, le queue re. Le sexe sous le nom de cœur heurta et donna le premier l'heure. C'est lui qui donne du cœur au ventre. Le queue relevé montrait le cœur élevé. On appelait sans cœur celui qui n'était pas sexué. Le cœur prit l'esprit de chose centrale, de milieu, et ainsi ce mot nomma le centre du royaume du sang; mais, au figuré, le cœur est toujours le sexe. Lorsque l'ancêtre avait mal au cœur, il inspirait le dégoût et la répugnance, de même lorsqu'il le soulevait et l'offrait à l'adoration de ceux qui en étaient dégoûtés. Ce cœur était la clef des cœurs qui peuvent s'ouvrir. Ce qu'aujourd'hui nous appelons cœur ne peut s'ouvrir, se montrer ni se donner, et ne le put jamais. Cependant, l'expression paraît naturelle et ne choque pas ; mais l'esprit des sots est choqué de ce que la femme fut prise d'une queue haute ou côte de l'homme.

 On plaçait sur son cœur, et, dans son cœur, ce qu'on avait de plus précieux et alors c'était sacré. Ce à cœur ai, ce à creux ai, ce à creux ai. Ce à creux ai cœur, nous montre l'union des cœurs, aussi le Sacré-Cœur est percé de flèches. C'est une abomination identique à celle des Brames qui adoraient l'assemblage sexuel sous le nom de lingam. Les cœurs consacrés et toutes les médailles sont des tabous, des images du sexe. Les démons ont tou· jours leur cœur à la: bouche, leur bon cœur ; leur cœur si tendre et pourtant plein de fermeté, leur cœur adorable et autres infamies. Ils adorent le Cœur de Jésus et insultent ainsi à celui qui seul doit être adoré : Dieu.

 

 

(La Science de Dieu ou la Création de l'Homme)


 

 

Publié dans BRISSET - Jean-Pierre

Commenter cet article

brigitte tosi 30/05/2010 13:33


d'une idée simple, d'un mot surgissent des phrases et voyages littéraires inouïs, intelligents. Merci ! Un régal!