Paulin GAGNE _ La Carotticulture

Publié le par I.I.R.E.F.L.

 

 

 

L'UNITÉIDE OU LA FEMME MESSIE

 

Poème universel en douze chants & soixante actes avec chœurs (Chaque Chant forme cinq actes) par Paulin Gagne, avocat, homme de lettres… Précédé d'un Prologue et suivi d'un épilogue par Mme Gagne (Elise Moreau de Rus)

 

Le poème se vend chez tous les libraires de France et de l'étranger, (Montélimar, Imprimerie Bourron) , s.d. circa1858

726 pages. In-8

 

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ACTE TRENTE-NEUVIÈME ou LA CAROTTICULTURE

 

 La scène se passe partout

 

 Sommaire : PERSONNAGES PRINCIPAUX : La Carotticulture, peuples, rois, etc.

ACTION : La Carotticulture, fille de la Nature et du Siècle, fait un discours dans lequel elle dit qu’elle a toujours aimé la carotte, qu’elle en a tiré des tas immenses pour régaler les peuples et les rois ; elle voit avec plaisir que le monde a du goût pour les carottes ; elle ordonne de planter partout ce doux fruit qui seul peut sauver l’humanité, etc. – Les peuples et les rois applaudissent la Carotticulture, qui voit avec bonheur que le gouvernement de la carotte est celui qui s’établit le plus facilement et qui seul a l’unanimité. – Elle proclame grands Carotticulteurs ses partisans les plus dévoués. – Elle triomphe, et les peuples et les rois chantent la Carotte universelle, chant final.

 

 La Carotticulture est la reine du monde

Et fait trôner partout la carotte féconde

 

SCÈNE I.

 

 La Carotticulture, peuples, rois.

 

 LA CAROTTICULTURE.

 

Peuples et rois, je suis la Carotticulture,

Fille de la Nature et du Siècle en pâture ;

Mes parents m'ayant faite avec un chaste goût

En plantant savamment des carottes partout,

Même en suçant le lait de ma mère chérie,

J'ai toujours adoré la carotte bénie

Dont, comme vous voyez, sans peur des accidents,

Mon tendre amour s'est fait deux superbes pendants !

Je ne vous dirai pas combien de toute espèce

Mon enfance a tiré des carottes d'ivresse

Afin de régaler les peuples en combats

Qui bien souvent, hélas ! n'avaient rien sur leurs plats !

Le récit en serait beaucoup trop long à faire,

Et peut-être pourrait quelque peu vous déplaire ;

Apprenez seulement que leurs tas merveilleux

Dépassent de beaucoup les arcs les plus fameux !

Je vois avec plaisir que sans craindre la crotte,

Tout le monde ici-bas adore la carotte,

Je vois avec plaisir que dans tous les Etats,

Chez les mamans ainsi que chez les potentats,

Faisant seule la mode en baisse ou bien en hausse,

La carotte se met partout à toute sauce !

Aussi, peuples et rois, dans la conviction

Que je vais chatouiller vos goûts en action

Et que je vais doter d'un bien-être sans bornes

Tous les mortels couverts de haillons et de cornes,

J'ordonne de semer la carotte en tout lieu

Afin de charmer l'air, l'eau, la terre et le feu !

En vain dans son dépit la Pataticulture

Espérait renverser la Carotticulture

En me lançant au front avec son biscayen

Les patates que ronge un mal vénérien

Que sans doute leur ont communiqué les hommes

En empestant les champs de leurs amours de gnômes ;

D'une carotte monstre applatissant son front,

Je l'ai fait succomber sous le plus noir affront,

Et quand dans le virus meurt la pomme de terre,

La carotte en tous lieux lève sa tête altière

Sans jamais éprouver le vénérien mal,

Car chacun a pour elle un amour virginal,

Sans jamais éprouver même la maladie

Que l'on pourrait nommer, sans indécence impie ...

Non, je ne pense pas que jamais on ait dit

Que la carotte ait eu le mal le plus petit ;

C'est que le plus pur sang circule dans les veines

De ce navet rempli des douceurs les plus saines,

Et tous les peuples qui savoureront ses sucs,

Auront de la carotte et la force et les trucs !

O peuples, couvrez donc la plaine et la montagne

De ce fruit que toujours la sagesse accompagne,

Dont la bonté guérit même le mal de dent

Et qui pousse partout ainsi que le chiendent !

Car on en voit partout, jusque sur les murailles

Des maisons des manants et des rois en batailles,

Jusque dans les salons, jusque dans les bureaux

Du grand journal, surtout aux temps électoraux !

O peuples, semez donc, même par la pensée,

La carotte qui doit être la panacée

De l'univers entier que son suc doit nourrir

En couronnant d'honneur son brillant avenir,

Et qui, comme dans l'art de la pisciculture,

Elle-même pourra s'enfanter sans mesure

Dans des proportions colossales d'amour

Qui de tous les progrès feront luire le jour !

 

TOUS.

 

Gloire à la Carotticulture magnanime

Qui de tous les progrès guide l'arche sublime !

 

LA CAROTTICULTURE.

 

Peuples, soyez bénis pour tous les grands pouvoirs

Que m'offrent promptement vos vœux et vos devoirs ;

Je le dis hautement, de vous je suis contente

Vous n'avez pas trompé ma juste et noble attente :

Je vois que la carotte est le gouvernement

Qui s'établit toujours le plus facilement

Et reçoit avec bruit les gracieux hommages

Des peuples couronnés de tous les avantages ;

Je vois avec transport qu'à perpétuité

La carotte ici-bas a l'unanimité

Que n'avaient jamais pu conquérir nuls monarques

Quoique de la carotte ils portent tous les marques !

L'univers est sauvé ! car dans tous les métiers

Les peuples et les rois sont de vrais carottiers !

Peuples, pour couronner ma puissance suprême

Qui fait de la carotte un divin diadême,

Allons faire un banquet des carottes d'honneur

Que j'arrose moi-même avec l'eau de mon cœur !

Allons, nobles enfants de la carotte pure

Que le monde partout tire d'une main sûre,

Allons, le jour de gloire est enfin arrivé,

Et de tous les bonheurs l'étendard est levé ;

Allons faire sans peur une noce féconde,

Nous avons enfoncé tous les navets du monde !

O vous qui m'entourez des plus hautes faveurs

Je vous proclame tous grands Carotticulteurs !

Mais chantez, chers amis, d'une voix haute et fière,

Le chant universel de la carotte altière,

Afin d'épouvanter notre ennemi fumant

Qui prétend sur le trône élever le froment !

 

TOUS, chantant.

 

LA CAROTTE UNIVERSELLE.

 

            Allons, enfants de la carotte,

            Le jour de gloire est arrivé,

            Contre nous du blé qui marmotte

            L'étendard sanglant est levé ;

            Entendez-vous dans ces campagnes

            Mugir ces moissonneurs soldats,

Ils viennent jusque dans nos bras

Egorger nos carottes compagnes !

 

CHŒUR UNIVERSEL.

 

Aux armes, carottiers, formez vos bataillons,

Marchons, que la carotte inonde nos sillons !

 

Pour broyer ces ennemis sombres

Qui veulent moissonner nos fronts,

Sachons leur tirer dans les ombres

Des carottes à pleins canons ;

Si les Russes de la bataille

Veulent nous coucher sur le sol,

Pour leur faire un Sébastopol

Fuyons en lançant la mitraille !

Aux armes, etc.

 

Amour sacré de la carotte,

Conduis, soutiens nos bras vengeurs,

Liberté chérie en compote,

Combats avec tes défenseurs ;

Des peuples fiers de leur victoire

Viens parfumer le pot-au-feu

Pour qu'ils puissent faire en tout lieu

Eclater la carotte en gloire !

 

CHŒUR UNIVERSEL.

 

Aux armes, carottiers, formez vos bataillons,

Marchons, que la carotte inonde nos sillons.

 

LA CAROTTICULTURE.

 

Mais au banquet d'abord, après son feu splendide

Nous irons terrasser la fière Unitéide !

Convions l'univers à nos brillants festins,

La carotte de tout doit sauver les destins!

 

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Christian ARNOU « Paulin Gagne et la Carotticulture ». Dessin à l’encre de chine. 2008. Collection Marc Ways & I.I.R.E.F.L.

© Tous droits réservés Christian ARNOU

Publié dans GAGNE - Paulin

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chassotCà commence par un Q, çà finit par un becMerci Than 05/06/2010 10:10


Ras-le-bol des O.G. M., semons, semons c'qu'on aime
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